Je fabrique des fat bikes électriques à Ploumanac'h depuis plusieurs années. Pas des engins modifiés, pas des speed bikes déguisés — des vélos à assistance électrique homologués EN15194, conformes à la réglementation européenne, limités à 25 km/h d'assistance. Des vélos légaux, point.
Alors quand j'entends des élus locaux, des associations de randonneurs ou des journalistes découvrir soudainement que le fat bike serait un problème, je dois admettre que ça m'agace. Pas parce que la critique est illégitime — le sujet mérite un vrai débat — mais parce que le débat actuel est, pour l'essentiel, mené de mauvaise foi.
Une réglementation absurde dans ses fondements
Le fat bike est un vélo. C'est légalement un VAE (vélo à assistance électrique) dès lors qu'il est homologué EN15194. À ce titre, il a exactement les mêmes droits de circulation qu'un vélo de ville, un VTT à assistance électrique ou un vélo de course équipé d'un moteur. Il peut circuler sur les routes ouvertes aux vélos, sur les pistes cyclables, et sur les chemins autorisés aux vélos.
Ce que certains veulent introduire, c'est une catégorie réglementaire spécifique basée sur la largeur du pneu. Un pneu de 3,8 pouces serait différent d'un pneu de 2,4 pouces non pas en termes de vitesse, de puissance ou de dangerosité — mais parce qu'il est plus large et donc « impressionnant ».
« Réguler un vélo sur la largeur de ses pneus, c'est réguler une voiture sur la couleur de sa carrosserie. »
Le fat bike, cible idéale
Le fat bike est un excellent bouc émissaire pour plusieurs raisons. D'abord, il est visuellement imposant. Les gros pneus impressionnent, ce qui suffit à déclencher une réaction de méfiance chez certains promeneurs et élus. Ensuite, ses utilisateurs sont peu nombreux et peu organisés — ils ne forment pas une puissante fédération sportive capable de faire pression.
Enfin, et c'est le plus problématique, le fat bike porte souvent le chapeau des véhicules réellement problématiques que sont les trottinettes électriques surpuissantes, les speedbikes déguisés en VAE, et les quads électriques qui envahissent effectivement certains sentiers. Ces engins-là sont illégaux et réellement dangereux. Mais ils sont plus difficiles à identifier et à réguler. Le fat bike, lui, est identifiable immédiatement. Pratique.
Un vélo à assistance électrique homologué EN15194 est légalement un VAE, quelle que soit la largeur de ses pneus. Il est limité à 250W de puissance nominale et 25 km/h d'assistance. Il peut circuler partout où les vélos sont autorisés. Aucun texte législatif français n'interdit les fat bikes en tant que catégorie. Les arrêtés municipaux interdisant les « fat bikes » sur les chemins communaux sont souvent contestables juridiquement.
Une croisade politique absurde
Aux Pays-Bas, pays pourtant réputé pour sa culture cycliste, des communes ont commencé à interdire les fat bikes sur certaines pistes cyclables. L'argument avancé est que les pneus larges « abîment les revêtements ». C'est fascinant. Des pneus de 4 pouces gonflés à 0,5 bar exercent une pression sur le sol inférieure à celle d'un pneu de vélo classique gonflé à 4 bars. La physique est simple. La réalité de certains décisions politiques, moins.
En France, plusieurs associations de protection de la nature ont demandé l'interdiction des fat bikes électriques sur les sentiers de randonnée. Je suis le premier à penser que les sentiers étroits et fragiles doivent être respectés — et que les VTT, les chevaux et les promeneurs peuvent tous causer des dommages. Mais cibler spécifiquement le fat bike parce qu'il est visible et nouveau, sans données sur son impact réel par rapport à d'autres usages, c'est du militantisme habillé en protection de la nature.
L'indignation à géométrie variable
Ce qui me frappe le plus dans ce débat, c'est la sélectivité de l'indignation. Les quads thermiques — des engins de 300 kg, bruyants et polluants — circulent impunément sur de nombreuses pistes forestières, officiellement ou pas. Les motocross illégaux dans les dunes ne déclenchent pas de tribunes dans la presse locale. Mais le fat bike électrique silencieux, propre, homologué, conduit par un retraité qui veut profiter du paysage — lui, c'est un problème.
Je ne dis pas que tout est permis. Je dis que le débat devrait être fondé sur des données réelles : vitesse effective constatée, impact sur les revêtements, accidents impliquant des fat bikes — pas sur l'impression visuelle que donnent de gros pneus.
Ce que nous faisons, nous
Nos clients sont des gens responsables. On leur explique les règles de circulation, les sentiers autorisés et ceux qui ne le sont pas, le respect des autres usagers. La grande majorité des propriétaires de fat bikes électriques sont des adultes qui cherchent à profiter sereinement de leur environnement, pas à foncer dans les sous-bois.
La Côte de Granit Rose, avec ses routes côtières et ses chemins balisés, est un territoire idéal pour le fat bike. Nos clients pédalent sur les routes, les pistes cyclables, les chemins communaux autorisés. Ils ne cherchent pas le conflit — ils cherchent la liberté de mouvement et la beauté du paysage breton.
C'est cette liberté-là que certains voudraient restreindre, sur la base d'une réaction épidermique à des pneus qui font peur. J'espère que le débat finira par être mené avec un peu plus de rigueur — et un peu moins de politique.
Nos fat bikes : légaux, homologués, assemblés ici
EN15194 · 250W · 25 km/h · Fabriqués à Ploumanac'h, Bretagne
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