Fatbike : le nouveau bouc émissaire de l’idiocratie

Une réglementation absurde

Parfois, la dérive réglementaire prend des airs de comédie absurde. Il aura suffi d’une interview d’une députée dans un journal populaire pour que le fatbike – ce vélo à gros pneus – devienne le nouveau coupable à abattre. Et tout cela dans un pays qui excelle pourtant en la matière : vélo, fromage, évasion fiscale, drogue et prostitution.

Le prétexte ? Ces vélos iraient trop vite. Comme toujours, la conclusion est grotesque : il faut interdire certains modèles de vélos électriques sous prétexte qu’ils pourraient causer des accidents. La trottinette électrique a été la première victime de cette chasse aux sorcières : trop visible, trop pratique, trop populaire. Alors qu’elle permettait de se déplacer rapidement et à moindre coût, on l’a diabolisée au nom de la sécurité publique.

Aujourd’hui, c’est au tour du vélo. Mais taper sur le biclou n’est pas aussi simple. Contrairement aux trottinettes, les vélos électriques sont prisés à la fois par les écologistes et par ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un véhicule conforme aux ZFE. Il faut donc agir en douceur, manipuler l’opinion et distiller la peur.

Le fatbike, cible idéale

Le coupable est désigné : le fatbike. Conçu à l’origine pour les terrains difficiles, il a évolué vers un design rappelant la moto, avec ses grosses jantes et sa longue selle. La marque américaine Super73 a popularisé ce style, attirant l’attention des autorités et des médias, qui y ont vu un potentiel danger.

C’est là que la panique a commencé. En Europe, la réglementation est claire : pas de gâchette d’accélération, moteur limité à 250 W, assistance stoppée à 25 km/h. Mais certains modèles peuvent être débridés, et il a suffi de quelques accidents aux Pays-Bas pour que les médias s’emballent. Résultat : 3 000 fatbikes saisis par le gouvernement hollandais, prétexte rêvé pour les politiques de droite et d’extrême droite afin de surfer sur la vague de l’indignation.

Une croisade politique absurde

La France, comme à son habitude, importe les problèmes des autres. Quelques députés se sont emparés du sujet, moins par souci de sécurité que pour racoler un électorat conservateur. Parce qu’évidemment, seuls les gens de gauche font du vélo, n’est-ce pas ?

Mais l’argumentaire s’effondre face aux faits. Aux Pays-Bas, sur les 737 décès annuels à vélo, aucune preuve ne démontre que les fatbikes débridés sont en cause. En Allemagne, une étude révèle que les principaux facteurs d’accidents sont l’âge avancé des cyclistes, l’alcool et la drogue. Mais comme par hasard, personne ne s’en offusque.

En France, on compte 222 décès de cyclistes en 2022, dont 43 impliquant des vélos électriques. Impossible de dire s’ils étaient débridés, mais cela n’empêche pas les politiques de préparer de nouvelles interdictions inutiles.

L’indignation à géométrie variable

Le vrai problème n’est pas l’apparence des fatbikes, mais le débridage. Et rouler avec un engin débridé est déjà puni pénalement. Que pourrait-on faire de plus ? Rien. Mais dans cette idiocratie, il ne s’agit pas de régler des problèmes réels. Il faut simplement occuper l’espace médiatique.

Pendant que les politiques fantasment sur des vélos dangereux, l’alcool tue 41 000 personnes par an en France, le tabac 78 000, et le sucre 3,16 millions dans le monde. Mais bien sûr, le vrai danger, c’est le fatbike.

Bienvenue dans l’idiocratie, où l’on cherche des solutions bancales à des non-problèmes.